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Un autre voyage

Photo du rédacteur: Persephonik
Persephonik
24 janv. 2020
4 min de lecture

Dernière mise à jour : 22 sept.



Et la mélodie fut


Il y a des chansons qui naissent d'une mélodie, d'un souvenir ou d'une émotion précise. J'ai composé cette chanson en août 2020. C'était la Covid. Je me souviens comme si c'était hier que je jouais "Amsterdam" (de Jacques Brel) au piano lorsque j'eus envie de tenter une composition sur un rythme ternaire.


Et puis le thème de l'aveuglement climatique me paraissait original à traiter en chanson. «Un autre voyage» est née de cette envie de regarder autour de soi et de se demander : où allons-nous ? Et surtout, est-ce vraiment la direction que nous voulons prendre ?


Nous vivons dans un monde où tout semble aller toujours plus vite. Nous consommons, nous produisons, nous cherchons le plaisir, la réussite, le confort. Et pendant ce temps, quelque chose semble progressivement s'effacer : notre capacité à regarder les conséquences de nos choix, à prendre soin du vivant et, peut-être surtout, à prendre soin les uns des autres.


Cette chanson est une invitation à faire une pause.


De l'insouciance au constat


Je me souviens avoir eu l'idée du premier couplet rapidement, imaginant une scène paradoxale avec une apparence calme alors que la catastrophe gronde pas loin de soi. Je voyais des humains qui dansent sur un volcan, comme des enfants qui continueraient de dormir ou de jouer alors qu'une alarme à incendie retentirait, comme s'ils s'habituaient au bruit de cette alarme et ne l'entendaient plus. L'image est douce, presque paisible. Mais cette tranquillité est rapidement rattrapée par des « orages », puis des « rêves irresponsables ».


L'idée était de créer un contraste entre ce que nous aimerions croire de notre monde et ce qui se déroule réellement sous nos yeux.


Les images de la lumière qui s'éteint, des déserts qui s'étendent et des symptômes de la Terre qui s'accumulent évoquent évidemment les bouleversements environnementaux, mais pas uniquement. La chanson parle aussi d'une forme d'épuisement collectif : celui d'un monde qui semble avoir perdu certains repères.


La Terre n'est pas seulement un décor. Elle devient le miroir de nos comportements.


Que reste-t-il de nous ?


Le deuxième couplet déplace le regard vers l'humain. « Loin de nous, l'innocence / Perdue dans l'ignorance ». Cette partie parle de ce qui peut disparaître lorsque la recherche du plaisir et de la satisfaction personnelle prend toute la place.


Il ne s'agit pas de condamner le plaisir ou le désir. Ils font évidemment partie de nos vies. Mais que se passe-t-il lorsqu'ils deviennent notre seule boussole ? La chanson pose alors une question très simple : qu'est-ce que nous devons aux autres ?


« Traite l'humain mieux qu'un chien » est volontairement une phrase directe, presque brutale. Elle ramène le propos à quelque chose d'essentiel : avant les grandes théories, les grands systèmes ou les grandes ambitions, il y a notre manière de considérer la personne qui se trouve devant nous. Et peut-être que changer le monde commence simplement par là.


Le courage de changer


C'est dans le refrain que le titre prend tout son sens :

« Et cherche le courage / Enfoui sous les mirages / Prêt pour un décollage / Vers un autre voyage »

Un autre voyage, ce n'est pas forcément partir ailleurs. C'est notre voyage sur la Terre qui peut tourner à la catastrophe parce que nous ne prenons pas soin de notre vaisseau, parce qu'il faudrait être lucide et apprendre à regarder autrement. Changer nos habitudes. Repenser nos priorités. Retrouver une forme de courage. Accepter de remettre en question certaines certitudes. Et surtout, comprendre que nous ne sommes pas condamnés à continuer exactement sur le même chemin.


Le mot « décollage » apporte volontairement une sensation de mouvement. Après les constats des couplets, il fallait que le refrain ouvre une porte. La chanson ne cherche donc pas seulement à dire « quelque chose ne va pas ». Elle cherche à poser une autre question : « Et si nous pouvions prendre une autre direction ? »


L'amour comme antidote


Le pont résume peut-être le plus directement l'esprit du morceau :

« C'est l'histoire des hommes / Qui remplacent les podiums / Et se passent de valium / Prennent l'amour pour opium »

Il y a dans ces quelques lignes une idée qui me semble importante : nous cherchons souvent à remplir le vide par la performance, la reconnaissance, la consommation ou l'évasion. L'amour est ici présenté comme une autre forme d'ivresse, mais une ivresse qui ne nous éloigne pas du monde : elle nous y reconnecte.


Aimer les autres, respecter le vivant, retrouver le sens du collectif… Ce sont peut-être des choses simples, mais elles deviennent profondément politiques au sens le plus large du terme : elles interrogent la manière dont nous voulons vivre ensemble.


Pourquoi écrire cette chanson ?


J'ai ressenti le besoin d'écrire « Un autre voyage » parce que les constats ne suffisent plus. On peut observer les problèmes, les commenter, s'en indigner, puis retourner à nos vies comme si de rien n'était. Mais la musique permet autre chose. Elle permet de transformer une inquiétude en émotion, une émotion en question et, peut-être, une question en mouvement.


Je ne prétends pas avoir les réponses. Cette chanson est plutôt une invitation à chercher. Chercher le courage sous les mirages. Chercher ce qui nous rassemble. Chercher une manière différente d'habiter cette planète et de vivre les uns avec les autres. un autre voyage commence peut-être simplement par le fait de décider que nous ne voulons plus avancer les yeux fermés.



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